
Le flou, le vide, l’incertitude : comment traverser la phase la plus inconfortable d’une transition ?
8/20/20266 min read
Le flou, le vide, l'incertitude : comment traverser la phase la plus inconfortable d'une transition ?
Il existe des périodes de notre vie dont on parle énormément :
Le début d’une relation.
L'adolescence.
Une naissance.
La matrescence.
Un nouveau travail.
Un déménagement.
Une reconversion.
Une séparation.
Un projet qui prend forme.
En revanche, on parle beaucoup moins de ce qui se passe entre les deux.
Ce moment étrange où l’ancienne vie ne nous correspond plus vraiment, mais où la nouvelle n’existe pas encore.
Vous n’êtes plus tout à fait la personne que vous étiez. Mais vous ne savez pas encore qui vous êtes en train de devenir.
Et c’est souvent à ce moment-là que vous pouvez commencer à penser que vous allez mal.
Vous vous dites peut-être :
« Je ne sais plus où j’en suis. »
« J’ai l’impression de ne rien faire de ma vie. »
« Je devrais déjà savoir ce que je veux. »
« Pourquoi suis-je aussi perdue alors que, sur le papier, tout va bien ? »
« J’ai l’impression d’être entre deux versions de moi. »
Pourtant, cette sensation de vide n’est pas nécessairement un problème à résoudre.
Elle peut être le signe que quelque chose est en train de se transformer.
La phase inconfortable de « l’entre-deux »
Une transition de vie ne ressemble pas toujours à un grand bouleversement visible. Parfois, pour moi elle a commencé par une sensation intérieure :
« Je ne peux plus continuer exactement comme avant. »
Cette question est arrivée après l'annonce d'une rupture professionnelle pendant ma deuxième grossesse à risque.
Au fil de mes rencontres, j'ai constaté que cela pouvait aussi arriver après une rupture, un deuil, un changement professionnel, un déménagement, la maternité, un départ des enfants, une reconversion, une période d’épuisement, une remise en question identitaire ou simplement avec le sentiment que la vie que l’on mène ne nous ressemble plus.
Le problème, c’est que nous sommes culturellement beaucoup plus à l’aise avec les étapes qu’avec les passages.
Nous aimons les avant et les après.
Avant, j’étais salariée. Après, je serai indépendante.
Avant, j’étais en couple. Après, je serai célibataire.
Avant, j’habitais ici. Après, j’habiterai ailleurs.
Mais que se passe-t-il entre les deux ?
C’est là que les repères deviennent flous. Et ce flou peut être profondément déstabilisant.
Quand l’ancien ne fonctionne plus
L’une des caractéristiques les plus difficiles d’une transition est que les anciennes solutions peuvent cesser de fonctionner.
Ce qui vous rassurait hier vous étouffe aujourd’hui.
Ce qui vous motivait ne vous motive plus.
Certaines relations évoluent.
Certaines ambitions perdent leur sens.
Certaines habitudes deviennent trop étroites.
Et parfois, vous ne savez même plus expliquer pourquoi.
Simplement, vous avez cette impression étrange : « Quelque chose ne va plus, mais je ne sais pas encore quoi mettre à la place. »
C’est souvent à ce moment-là que nous cherchons immédiatement une réponse.
Un nouveau projet.
Une nouvelle relation.
Une nouvelle activité.
Une nouvelle organisation.
Une nouvelle identité.
N’importe quoi, pourvu que le vide disparaisse. Alors vouloir remplir rapidement cet espace est notre objectif. Pourtant, ça peut empêcher d’entendre ce qu’il cherche à nous dire.
Le piège de vouloir savoir immédiatement
Nous vivons dans une époque qui valorise énormément la clarté.
Il faudrait savoir ce que l’on veut.
Avoir un projet.
Être productif.
Évoluer.
Se réinventer.
« Sortir de sa zone de confort. »
Même les transitions sont parfois présentées comme des opportunités de devenir une meilleure version de soi-même.
Mais certaines transformations ne se passent pas comme cela. Il y a des moments où l’on ne sait pas. Et ne pas savoir n’est pas forcément échouer. Il est possible que vous n’ayez pas encore besoin d’une réponse. Peut-être avez-vous d’abord besoin d’un espace suffisamment grand pour que la réponse puisse émerger ?
J'ai trouvé un concept japonais qui peut nous offrir une autre manière de comprendre cette période.
Le Ma : habiter l’espace entre les choses
Dans la culture japonaise, le Ma désigne notamment l’espace, l’intervalle, la pause ou le vide qui existe entre deux éléments. C'est un espace habité par une possibilité.
Et on peut le retrouver dans l’architecture, l’art, la musique, la composition florale, le théâtre ou encore dans la manière d’organiser un espace.
Ce qui n’est pas rempli possède une fonction : une pause dans une musique n’est pas l’absence de musique. Elle participe à la musique. Un espace vide dans une pièce n’est pas nécessairement un manque de mobilier. Il permet aux éléments présents de respirer.
De la même manière, dans une vie, l’intervalle entre deux périodes n’est pas forcément une période perdue. Il peut être nécessaire à la transformation.
Alors si votre « vide » était un Ma ?
Imaginez une pièce dans laquelle chaque centimètre carré serait rempli. Des meubles partout. Des objets partout. Aucun espace libre. Vous pourriez posséder énormément de choses et pourtant manquer d’air.
Et bien notre vie intérieure peut être vu de la même manière. Lorsque quelque chose disparaît, un travail, une relation, un rôle, un projet, une identité, nous ressentons parfois immédiatement le besoin de remplir l’espace laissé vacant. Parce que le vide nous inquiète. Pourtant, que se passerait-t-il si nous acceptions de ne pas le remplir immédiatement ? Si cet espace pouvait devenir un lieu d’observation ?
Voici quelques questions que je pose parfois à mes patients :
"Qu’est-ce qui est en train de changer en vous ?
Qu’est-ce que vous ne voulez plus ?
Qu’est-ce qui vous manque réellement ?
Qu’est-ce qui a encore du sens ?
Qu’est-ce qui pourrait naître si vous cessiez de vouloir tout décider maintenant ?"
Le Ma nous invite ainsi à considérer l’entre-deux non pas comme une absence, mais comme un espace de transition.
Et puis je rajoute :
"Le vide n’est pas toujours du vide, qu'en pensez-vous?"
Souvent, cette dernière question emmène à comprendre qu'il existe une différence entre être vide et être dans un espace où quelque chose est en train de se réorganiser. Quand une graine est sous terre, rien ne semble se passer. Pourtant, quelque chose se prépare. De la même manière, certaines périodes de notre existence ne sont pas visibles extérieurement. Et pourtant, intérieurement, quelque chose travaille. L'absence de direction ne signifie pas nécessairement absence de mouvement. On peut être immobile extérieurement et profondément en transformation intérieurement.
Cela ne signifie évidemment pas que toute souffrance doit être minimisée. Un sentiment de vide intense, qui dure ou s'accompagne d’une grande souffrance psychique mérite d’être entendu et, si nécessaire, accompagné par un psychologue ou un professionnel.
Pourquoi l’incertitude est-elle si difficile à supporter ?
Parce que l’incertitude nous prive momentanément de contrôle. Lorsque nous savons où nous allons, nous pouvons organiser. Prévoir. Décider. Agir.
C'est ce qu'on peut ressentir lorsque nous sommes entre deux étapes, le chemin est moins lisible. Et notre cerveau n’aime pas particulièrement ce manque de prévisibilité. Raison pour laquelle nous cherchons alors à obtenir des certitudes à tout prix.
« Est-ce que je prends la bonne décision ? »
« Est-ce que je vais réussir ? »
« Combien de temps cela va-t-il durer ? »
« Est-ce que je vais retrouver ma motivation ? »
« Qui vais-je devenir ? »
Pourtant, certaines réponses ne peuvent apparaître qu’en avançant. Il faut parfois accepter une période où la question précède la réponse.
Traverser plutôt que résoudre
L’objectif n’est pas de sortir le plus vite possible de cette période mais simplement de la traverser.
Traverser signifie accepter de ne pas tout comprendre immédiatement.
Par exemple :
prendre moins de décisions impulsives
laisser certaines choses en suspens
observer ce qui revient régulièrement dans nos pensées
écouter ce qui nous fatigue autant que ce qui nous attire
faire de la place à ce qui n’a pas encore de nom
accepter que notre identité soit temporairement moins définie.
Durant ces périodes de doute, il suffit parfois de vivre le présent. Simplement :
Dormir.
Marcher.
Écrire.
Parler.
Respirer.
Créer.
Être avec les autres.
Être seul.
Laisser le temps faire une partie du travail que nous essayons parfois de faire à sa place.
Le Ma comme invitation à ralentir
Le concept de Ma nous propose finalement une idée précieuse dans une société où tout semble devoir être rempli.
Remplir son agenda.
Remplir son temps.
Remplir son CV.
Remplir ses journées.
Remplir les silences.
Remplir les vides.
Durant une transition, le Ma peut donc devenir une métaphore particulièrement puissante :
l’espace entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore.
Un espace inconfortable, certes.
Mais aussi un espace de respiration.
Un espace de possibilité.
Un espace où l’on peut cesser, pendant un moment, de chercher à devenir quelqu’un et simplement écouter qui nous sommes en train de devenir.
Vous n’avez pas besoin d’avoir toutes les réponses
Mais lorsque vous serez assez disponible, il y a souvent un moment où une évidence apparaît.
Une envie.
Une direction.
Une décision.
Une nouvelle relation à vous-même.
On ne provoque pas ce moment. Seulement, on peut créer les conditions pour qu’il puisse émerger.
Alors, si vous traversez actuellement une période où tout semble flou, où l’ancien ne vous ressemble plus et où le nouveau reste invisible, posez-vous la quesiton suivante :
« Qu'est-ce que cette période peut m’apprendre avant que je puisse la quitter ? »
L'entre-deux, le vide n’est pas l’endroit où votre vie s’arrête. Il est simplement l’espace entre deux chapitres et parfois, avant d’écrire la suite, il faut accepter de laisser la page blanche.
C’est peut-être cela, aussi, le Ma : ne pas avoir peur de l’espace entre deux choses, parce que c’est précisément dans cet espace que quelque chose de nouveau peut commencer à prendre forme.
Par Tiana RAZAIARINORO, Psychologue - Juillet 2026 - Dernière màj 28 Août 2026
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