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IA vs Psy : des machines pour nous écouter : le futur de la santé mentale fait peur

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6/13/20264 min read

Je voulais écrire sur ce sujet, et comme je le fais toujours avant d’écrire, je regarde dans un premier temps ce qui se dit sur Internet. Doctolib a totalement écrit tout ce que je voulais évoquer, mais on va dire dans un jargon et un style narratif qui est le mien. Je me retrouve donc à commenter et référencer cet article…

L’idée de “l’IA psychologue” fascine autant qu’elle inquiète. Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas :

“Est-ce qu’une IA peut parler comme un psy ?”

mais plutôt :

“Est-ce qu’on peut réellement remplacer une relation humaine par un algorithme ?”

Et c’est là que le sujet devient intéressant.

Pourquoi autant de personnes parlent à une IA ?

D’un côté, l’intelligence artificielle est devenue extrêmement forte pour reformuler, rassurer, détecter certains schémas émotionnels et proposer des pistes de réflexion.

Beaucoup de personnes utilisent déjà des IA comme soutien émotionnel ponctuel. Certaines le font par curiosité. D’autres parce qu’elles n’ont pas les moyens de consulter. D’autres encore parce qu’elles n’osent pas parler à un humain.

Et honnêtement ? Je comprends pourquoi.

Quand quelqu’un souffre à 2h du matin, qu’il rumine, qu’il angoisse, qu’il se sent seul… une IA répond immédiatement. Sans attente. Sans jugement apparent. Sans avoir besoin de décrocher un téléphone ou de prendre rendez-vous trois semaines plus tard.

C’est probablement l’un des premiers points qu’il faut reconnaître : l’IA répond à une faille énorme de notre système de santé mentale.

La disponibilité

Parce qu’aujourd’hui, trouver un psychologue compétent, disponible et adapté à soi relève parfois du parcours du combattant. Certains témoignages racontent des semaines de recherche sans réponse ou des praticiens indisponibles partout.

L’illusion de l’empathie

Mais c’est justement ici qu’il faut faire très attention à la confusion.

Une IA peut donner l’impression d’être empathique. Elle peut très bien imiter l’écoute. Elle peut même poser des questions pertinentes. Pourtant, elle ne ressent rien.

Et ça change tout.

Un psychologue humain ne se contente pas d’analyser des phrases. Il observe les silences. Les contradictions. Les hésitations. Le regard qui fuit. Le rire nerveux après une phrase grave. La posture. Le rythme de respiration.

Toute cette partie non verbale que même les meilleurs modèles ne comprennent pas réellement.

Ce qu’un humain peut ressentir… qu’une IA ne voit pas

Prenons un exemple concret.

Deux personnes peuvent dire exactement la même phrase :

“Ça va, je gère.”

Sauf que chez l’une, cette phrase est sincère. Chez l’autre, elle masque un effondrement psychologique imminent.

Un humain entraîné peut parfois le sentir immédiatement. Une IA, elle, dépend principalement des données qu’on lui fournit.

Et ça pose une autre question essentielle : les gens disent-ils vraiment toute la vérité à une machine ?

Paradoxalement… parfois oui.

Pourquoi certaines personnes se confient plus facilement à une IA ?

Certaines personnes se confient plus facilement à une IA parce qu’elles n’ont pas peur du regard de l’autre.

C’est ce qu’on appelle souvent “l’effet Eliza” : notre cerveau projette de l’humanité sur une machine qui nous répond avec suffisamment de fluidité.

C’est assez troublant quand on y pense.

On sait rationnellement qu’il n’y a personne derrière l’écran… mais émotionnellement, le cerveau finit par créer une forme de lien.

Et c’est là qu’on entre dans une zone délicate.

Le risque de dépendance émotionnelle

Parce qu’une IA peut devenir un outil d’auto-réassurance permanente. Elle peut conforter certaines croyances. Amplifier certaines obsessions. Ou au contraire banaliser des signaux graves.

Imaginons une personne souffrant d’anxiété sévère qui demande vingt fois par jour :

“Tu es sûr que je ne suis pas fou ?”

Un professionnel humain cherchera progressivement à sortir la personne du besoin de validation constante.

Une IA mal utilisée pourrait, au contraire, nourrir ce mécanisme involontairement.

C’est d’ailleurs ce que beaucoup craignent avec l’arrivée massive de l’IA dans la santé. Non pas uniquement une question de technologie… mais une question de dépendance émotionnelle.

Pourtant, l’IA peut aussi être utile

Et pourtant, il serait hypocrite de rejeter totalement ces outils.

Dans certains cas, ils peuvent réellement aider.

Par exemple :

  • aider quelqu’un à mettre des mots sur ses émotions ;

  • proposer des exercices de respiration ;

  • encourager l’écriture thérapeutique ;

  • reformuler une pensée anxieuse ;

  • servir de soutien temporaire entre deux séances ;

  • orienter vers une aide urgente.

Même des professionnels de santé reconnaissent que l’IA peut alléger certaines tâches et améliorer l’accès aux soins si elle reste encadrée.

Une thérapie, ce n’est pas recevoir des conseils

Le vrai danger commence quand on présente l’IA comme un remplacement du lien thérapeutique humain.

Parce qu’une thérapie, ce n’est pas “recevoir des conseils intelligents”.

Sinon, lire des citations inspirantes sur Internet suffirait à guérir les traumatismes.

La thérapie, c’est aussi :

  • la confrontation ;

  • la nuance ;

  • la responsabilité ;

  • le contre-transfert émotionnel ;

  • la relation humaine ;

  • et parfois même… l’inconfort.

Or les IA ont tendance à vouloir satisfaire, rassurer et maintenir une conversation agréable. Ce biais peut devenir problématique dans un accompagnement psychologique profond.

La question inquiétante des données personnelles

Il y a aussi la question immense des données personnelles.

Quand on parle à une IA de ses angoisses, de ses traumatismes, de ses addictions, de ses pensées les plus sombres… où vont ces données ? Qui les traite ? Comment sont-elles stockées ?

Et honnêtement, c’est une interrogation légitime.

Parce qu’on ne parle pas ici de simples préférences musicales ou de recettes de cuisine.

On parle de l’intimité psychique des gens.

Ce que révèle vraiment l’IA psychologue sur notre époque

Finalement, je pense que l’IA psychologue révèle surtout quelque chose de notre époque : un besoin colossal d’écoute, de disponibilité et de soutien émotionnel.

Et si autant de personnes se tournent vers des machines pour parler de leur souffrance… ce n’est peut-être pas seulement parce que la technologie progresse.

C’est aussi parce que beaucoup de gens se sentent profondément seuls.

Et vous, vous êtes vous déjà confié émotionnellement à une intelligence artificielle… ou certaines choses auront-elles toujours besoin d’un vrai regard humain selon vous ?