Vous avez des pensées qui vous font honte. Et vous n'osez en parler à personne.
Ces pensées ont un nom, et vous n'êtes pas un monstre
Vous imaginez laisser tomber votre bébé. Vous avez une pensée fugace de le secouer, de le jeter, de lui faire du mal. Aussitôt, vous êtes submergée d'horreur, de honte, de culpabilité. Vous vous demandez si vous êtes normale, ou si vous êtes dangereuse.
Ce que vous vivez s'appelle une phobie d'impulsion. C'est un symptôme reconnu, documenté, qui touche un nombre important de parents en période périnatale, et qui est traitable.
La caractéristique de la phobie d'impulsion, c'est qu'il y a un sacré écart entre la pensée et l'acte : il y a la peur et un attrait ressentis comme des forces incontrôlables, et il y a une lutte interne intense pour les réfréner. C'est cette lutte elle-même qui fera que vous ne passerez pas à l'acte. Une personne qui veut réellement faire du mal ne souffre pas d'en avoir la pensée.
Ce que vous ressentez, concrètement
La phobie d'impulsion peut prendre des formes très différentes d'une personne à l'autre :
La peur de laisser tomber votre bébé dans les escaliers
La pensée de le jeter par la fenêtre
La peur de l'étouffer, de le noyer pendant le bain
Des images mentales intrusives que vous ne pouvez pas "effacer"
Une hypervigilance épuisante autour de votre bébé pour éviter d'être seule avec lui
Ce qui est commun à tous ces scénarios : vous ne passerez pas à l'acte. Vous en avez peur. Et c'est cette peur, précisément, qui caractérise la phobie d'impulsion et la distingue radicalement d'une intention réelle.
Pourquoi on n'en parle pas ?
Parce qu'on a honte. Parce qu'on a peur d'être jugée comme "mauvaise mère". Parce qu'on craint que quelqu'un retire notre bébé. Alors on se tait, on surveille ses propres gestes, on s'épuise à ne pas laisser paraître ce qu'on ressent.
Pourtant, ne pas en parler aggrave les symptômes. Plus on lutte seule contre ces pensées, plus elles reviennent. C'est ça, le paradoxe cruel de la phobie d'impulsion : le fait de vouloir à tout prix ne pas y penser les rend encore plus présentes.
Mettre des mots dessus, dans un espace sécurisé, c'est ce qui commence à desserrer l'étau.
Foire aux questions
Est-ce que c'est possible de passer à l'acte si j'ai ces pensées ?
Non. La phobie d'impulsion se définit précisément par l'absence de passage à l'acte et par la souffrance intense que génère la pensée. Quelqu'un qui souffre à ce point d'avoir une pensée n'est pas en danger de la mettre en œuvre. C'est exactement l'inverse d'une intention.
Est-ce que je dois en parler à mon médecin ou à la PMI ?
Un psychologue sait l'évaluer ce symptôme et ne réagira pas avec incompréhension ou alarme disproportionnée. Si vous avez peur de la réaction de votre entourage médical, vous pouvez tout à fait commencer par un espace confidentiel et sécurisé avec un psychologue.
Est-ce que les pères peuvent aussi avoir des phobies d'impulsion ?
Oui. Les phobies d'impulsion touchent aussi les pères et les co-parents, et ils en parlent encore moins, par crainte d'être immédiatement jugés dangereux.
Ces pensées vont-elles partir d'elles-mêmes ?
Parfois oui, avec le temps et la fatigue qui diminue. Mais quand elles s'installent et s'intensifient, elles ne disparaissent généralement pas sans accompagnement. Et surtout, vous n'avez pas à attendre en souffrant. Plus tôt on en parle, plus vite ça se dénoue.
Est-ce qu'un traitement médicamenteux est nécessaire pour les phobies d'impulsion ?
La psychothérapie seule peut suffire dans les cas légers à modérés, mais dans les cas plus sévères, une combinaison psychothérapie + ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) est recommandée. Votre psychologue peut vous orienter si nécessaire. Mais ce n'est pas une décision prise à la légère, et elle se prend toujours en concertation avec vous, à votre rythme.
Une urgence ?
Contactez la ligne d'écoute 3114 :
Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, ou si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le 3114 : un professionnel du soin, spécifiquement formé à la prévention du suicide, sera à votre écoute.
Accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, gratuitement, depuis la France entière.
© 2026 Tiana RAZAIARINORO. Tous droits réservés.